L’humanisme n’est jamais neutre

Les 7 mois qui viennent vont mettre à rude épreuve notre ouverture à l’autre.

« Dieu vomit les tièdes » (Bible, livre de l’Apocalypse 3 :15-16).

La campagne électorale de l’élection présidentielle s’annonce des plus clivantes. D’une part deux partis et leurs alliés aux propositions les plus radicales et strictement opposées seraient crédités de plus de la moitié des votes au premier tour et leurs candidats et supporters ne renoncent à aucune outrance. D’autre part et les enjeux n’ont jamais été aussi cruciaux et même existentiels, qu’il s’agisse de prendre enfin en compte l’importance des conséquences du réchauffement climatique, de juguler durablement notre dette financière, de maintenir notre pays et l’Europe en paix sans céder de terrain aux dictatures de toutes sortes ou de rétablir un niveau de vie qui permette à la grande majorité de nos citoyens de vivre dignement. Pour ne citer que ceux-là.

Comment ne pas transformer les désaccords en guerres interpersonnelles ? 

Défendre ses convictions est une chose. Mais entendre, et mieux écouter, celles de l’autre quand elles heurtent frontalement les nôtres en est une autre. Jusqu’où maintenir et entretenir le dialogue, argumenter, rechercher un consensus, un accord autre que de constater que l’on n’est d’accord sur rien. Et surtout à partir de ce point final comment maintenir l’égale dignité que l’on doit à soi-même et aux autres en toutes circonstances, comment éviter les comportements irréconciliables qui feraient de l’autre un ennemi ? Alors que l’un de objectifs devrait-être de réconcilier une société très largement fracturée, parfois fracturée à dessein par certains qui prospèrent sur cette opposition entre les catégories sociales, les générations et les territoires.

Le discernement et l’esprit critique pour éviter les pièges de l’idéologie.

L’idéologie c’est quand la logique et la force de l’idée s’imposent en dépit des faits, en niant la réalité et en empêchant de voir cette réalité. Une partie de la boussole est là :  Quels sont les faits, quelles sources, qui le dit, quelles conséquences concrètes documentés, comment cette proposition résout ou améliore la situation, quelles bases pour l’affirmer, est-ce la seule possibilité ?  C’est la meilleure voie pour ne pas faire de l’autre un ennemi -et le devenir soi-même. Après, il y a des limites. Le Philosophe Karl Popper a tranché le débat dans « La Société ouverte et ses ennemis » et revendique un paradoxal « droit à l’intolérance défensive » pour que justement la société reste ouverte et tolérante et ne soit pas anéantie par l’intolérance ses ennemis.

Patrick Margron